Jeux en ligne : Partouche défie le gouvernement

27 octobre, 2008

Pourquoi le premier groupe européen de Casino, dont la survie est loin d’être menacée, agit-il dans la précipitation et l’illégalité pour l’ouverture du marché des jeux en ligne, au lieu de négocier avec le gouvernement, avec qui il est en contact permanent ?

« Il y a un temps pour gueuler, un temps pour agir. On ne m’a jamais écouté, je vais maintenant agir » a déclaré Patrick Partouche en marge du Colloque sur les conditions d’ouverture du marché des jeux d’argent. Il a donc annoncé son intention de proposer, dès les prochains jours, de manière illégale des jeux d’argent sur internet. Quelles sont les motivations de cette décision ?

Partouche et la crise

Les casinotiers expliquent devoir faire face à une prévision de baisse prévue de 10 % du chiffre d’affaires des casinos imputée, entre autres à la concurrence en ligne ou l’interdiction de fumer. Mais qu’est ce que cela implique-t-il concrètement pour Partouche ?

Les activités du groupe Partouche (53 casinos, 18 hôtels, restaurants, salons de réception, salles de réunion, d’expositions, de spectacles, lounge bars, théâtres, cinémas, thermes, spas, golfs …) restent largement bénéficiaires durant les dernières années. Selon les syndicats FO et CGT, le groupe a réalisé 32 millions d’euros de bénéfices en 2005, 42 millions d’euros en 2006 et « seulement » 24 millions en 2007. Dans le même temps, et toujours d’après les syndicats, les casinotiers sont en train de négocier avec le gouvernement une baisse de la CSG pour éviter d’être trop durement touchés par la crise. On croit rêver ! On accorderait aux riches dirigeants de casinos des baisses de taxes refusées aux cafés acculés, qui connaissent un nombre de faillites en augmentation sans précédent (+ 28 % de faillite au premier semestre 2008), entraînant, à chaque fois, des pertes d’emplois pour les patrons et les salariés.

Quant à eux, les dirigeants des casinos courent peu de risque direct. Chez Partouche, les administrateurs du groupe se sont partagés, pour l’année 2007, 2.3 millions d’euros de rémunérations et 66 000 euros de jetons de présence. Patrick Patrouche s’est octroyé pour cette même année une prime exceptionnelle de 1.4 million d’euros (voir le Rapport annuel 2007 du Groupe Partouche, pages 56 et 57)  ! Il n’en va pas de même pour ses salariés, qui, pour la plupart travaillent la nuit sans majoration et touchent un salaire avoisinant le SMIC. De plus, selon les salariés du Casino Partouche de Port Barcarès (66), le groupe envisage de revenir sur l’ouverture annuelle de l’établissement et de le fermer pour l’hiver, mettant ainsi 58 employés au chômage.

L’alléchant marché des jeux en ligne

La véritable motivation du lancement anticipé de jeux en ligne par Partouche vise à se positionner sur un marché très prometteur, qui pourrait atteindre le milliard de dollars en 2012, d’après une Etude d’Ineum Consulting. Les candidats sur ce marché des jeux en ligne sont déjà très nombreux (Casinos terrestres : Barrière, Tranchant…, Casinos en ligne étrangers : BWIN, SportingBet ; Opérateurs publics : PMU et FDJ ; Groupe Média : TF1, M6, Lagardère …, Groupes Télécom : Orange, SFR…).

Partouche Interactive, la holding digitale du groupe, s’y prépare depuis très longtemps. Elle supervise plusieurs sociétés très actives (Cash TV, QuedesJeux …) et dispose de deux licences, une à Gibraltar (pour les jeux de casino, le poker et le backgammon) et l’autre à Malte (pour les tickets à gratter, les paris hippiques et sportifs). De plus, Partouche a récemment racheté Livebetting, le site leader des paris sportifs en ligne.

Tout est donc prêt et Partouche ne voit plus de raison d’attendre pour s’attaquer et peser sur le marché français des jeux d’argent en ligne. D’autant, que le gouvernement qui a confirmé le vote d’une loi sur ce sujet avant fin 2008, pourra très difficilement le poursuivre. En effet,  l’action de Partouche ne fait qu’anticiper la mise en conformité de la France avec les règles européennes de libre prestation de services. Patrick Partouche affirme, avec raison, que si  « on (l)’attaque en justice pour  faire fermer (son) site » qui sera établi à Malte ou Gibralatar, il faudrait en vertu du droit européen « fermer tous les autres » déjà proposés de l’étranger.

Le groupe va donc se lancer, sans attendre, à partir de l’étranger. Par la suite, il est peu probable, que ces activités installées sur des territoires où la main d’oeuvre est moins chère et la fiscalité plus attractive soient rapatriées en France.

Au total, la survie des emplois dans les casinos français et les rentrées fiscales sont clairement menacées, celle du groupe et des profits de ses dirigeants le sont beaucoup moins. Mais, même en période de crise sévère et de remise en question des « super profits », le gouvernement n’a pas l’air de s’émouvoir de ce type de situation puisqu’il accepte cet état de fait et refuse toujours d’analyser notre proposition d’installer des Appareils à Mises et Gains Limités dans les cafés, qui permettrait pourtant de créer plus de 4 000 emplois directs non délocalisables et de nouvelles recettes fiscales.

Et d’après vous que se passerait-il si des cafetiers décidaient, comme le groupe Partouche, d’installer des jeux d’argent, sans attendre l’autorisation du gouvernement ?

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Commentaires

2 réponses to “Jeux en ligne : Partouche défie le gouvernement”

  1. Un Etudiant on octobre 28th, 2008 13:36

    Si je me souviens bien, les campagnes de l’ancien Président s’axaient sur le thème de “la fracture sociale”. Il est clair que la fracture s’agrandit, voire même donne lieu à une sclérose. La “répartition” (ce terme est-il encore approprié ?) des richesses est de plus en plus “unbalanced” et unilatérale. Que se passera-t-il lorsque ce processus aura atteint ses limites ? L’Histoire nous montre que généralement, lorsque le peuple subit trop de pressions et qu’une minorité se gave à outrance, ça ne finit pas toujours bien : cf la chute de Rome, la révolution de Sparte ou la révolution française… César pensait que pour gouverner un peuple, il suffisait de pain et de jeux. Aujourd’hui, la baguette augmente et des jeux, même en ligne, ça ne suffit pas forcément pour calmer les esprits.

  2. rapido on février 13th, 2009 18:56

    C’est réussi, Partouche Interactive accuse une perte de 10 millions d’Euros en 2008 après 2,5 en 2007. C’est la merde pour le Groupe partouche qui doit renégocier sa dette. En plus, les jeux en ligne ne seront pas réglementés avant la fin de l’année 2009, mais de toute façon au vu des résultats énoncés au début, il vaut mieux à la milite se concentrer sur les casinos terrestres qui si ils sont bien gérés ne perdent pas d’argent.

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